L'histoire du badminton couvre plusieurs siècles : des jeux de volant d'Asie et d'Europe au battledore anglais, des clubs d'officiers aux fédérations, puis des premières coupes mondiales aux Jeux olympiques de Paris 2024. Ce panorama chronologique, pensé pour les joueurs de club comme pour les curieux, suit aussi le badminton français et l'évolution du matériel.
Les débuts du jeu, de Badminton House aux règles de 1873, sont racontés en détail dans notre récit de la naissance du badminton en 1873 ; cet article en donne la synthèse avant de suivre la suite de l'histoire.
Les ancêtres du badminton : battledore, jianzi et volant de liège
Le badminton descend des jeux de volant, attestés depuis environ 2 000 ans en Inde, en Chine, au Japon et au Siam selon Wikipédia. En Angleterre, son ancêtre direct est le battledore and shuttlecock, que le National Badminton Museum décrit comme un jeu pratiqué sans filet et sans limites de terrain.
Selon l'Oxford English Dictionary, cité par Wikipédia, « battledore » et « shuttlecock » datent de 1598 et 1599. Des dessins trouvés en Grèce semblent représenter ce jeu, dont le musée situe les racines dans l'Antiquité chinoise et asiatique. Le jianzi chinois, joué depuis la dynastie Han (206 av. J.-C. – 220 apr. J.-C.), se frappe de tout le corps sauf les mains, surtout du pied.
D'après le musée, les premiers volants associaient plumes de poulet et bouchon de liège, environ deux fois plus gros et plus lourds qu'aujourd'hui. Il expose un volant de battledore daté d'environ 1840.

Badminton House, Poona et 1873 : les origines en bref
Le badminton tire son nom de Badminton House, demeure des ducs de Beaufort classée Grade I dans le South Gloucestershire, tandis que ses premières règles écrites connues viennent d'Inde et paraissent dans The Field le 11 octobre 1873. Ces origines sont détaillées dans notre récit de la naissance du badminton en 1873 ; en voici l'essentiel.
Les Beaufort s'installent à Badminton House à la fin du XVIIe siècle, selon le National Badminton Museum. La maison conserve un battoir de battledore portant des inscriptions de 1830 et 1845, dont l'une note une partie avec Lady Somerset le 12 janvier 1830. La scène des enfants du 8e duc tendant une ficelle en travers d'un hall circule en plusieurs versions et relève de la légende.
Le mot apparaît dès 1860 dans le titre d'une brochure du marchand de jouets londonien Isaac Spratt, Badminton Battledore – A New Game, dont aucun exemplaire n'est connu selon Wikipédia. En décembre 1863, un article anonyme du Cornhill Magazine cite « badminton (which is battledore and shuttlecock played with sides, across a string suspended some five feet from the ground) ». D'après l'historique du National Badminton Museum sur le jeu en 1863, le badminton se jouait donc au plus tard cette année-là.
En Inde, le jeu s'appelait aussi « Poona », du nom de la ville de garnison de Poona (Pune). Le 11 octobre 1873, The Field reproduit les règles dites de Calcutta, signées « Major Forbes, S.C. », que les recherches de Dave Jacobs sur les lettres de The Field en 1873 attribuent au major Henry Twisden Forbes, du Bengal Staff Corps. Nombre d'historiens font commencer le badminton en 1873, note le musée, année où le jeu gagne l'Angleterre avec le retour d'officiers et de fonctionnaires ayant servi en Inde.
This is the earliest known set of rules.
Dave Jacobs, « Origins of the Sport of Badminton », worldbadminton.com (consulté le 16 octobre 2026), sur le manuel paru le 11 octobre 1873
De Folkestone à l'IBF : le badminton s'organise (1875-1934)
Entre 1875 et 1934, le badminton passe des clubs d'officiers à une organisation mondiale. Un club est fondé à Folkestone en 1875, la Badminton Association naît à Southsea en 1893, puis la Fédération internationale de badminton (IBF) est créée à Londres le 5 juillet 1934 par neuf associations nationales, dont celle de la France.
Le club de Folkestone est fondé par des officiers rentrés en Angleterre, selon Wikipédia. Revenu d'Inde en 1887, J.H.E. Hart fréquente un temps le Bath Badminton Club et publie une édition révisée des règles, ce que confirme l'Encyclopædia Britannica de 1911 citée par Wikipédia ; il les révise de nouveau avec Bagnel Wild en 1890.
La Badminton Association naît le 13 septembre 1893 à « Dunbar », sur Waverley Grove, avec le major S.S.C. Dolby pour président. Le premier All England, en 1899, ne compte que les doubles messieurs, dames et mixte ; les simples arrivent en 1900.
L'IBF, ancêtre de l'actuelle BWF, naît à Bush House, à Londres, à l'initiative des associations du Canada, du Danemark, d'Angleterre, de France, des Pays-Bas, d'Irlande, de Nouvelle-Zélande, d'Écosse et du pays de Galles ; l'Inde y adhère en 1936. Son premier président, Sir George Thomas (Istanbul, 14 juin 1881 – 23 juillet 1972), détient le record de 21 titres à l'All England et reste 21 ans à sa tête, selon le National Badminton Museum.
Thomas Cup, Uber Cup et Mondiaux : le basculement vers l'Asie
Les premières compétitions mondiales de badminton marquent le basculement vers l'Asie. La Thomas Cup, trophée offert par Sir George Thomas en 1939, se dispute pour la première fois les 25 et 26 février 1949 au Queens Hall de Preston, en Angleterre : la Malaisie, alors appelée Malaya, y bat le Danemark 8-1.
Malaya gagne encore en 1952 et 1955, l'Indonésie à partir de 1958, la Chine pour la première fois en 1982. D'après Wikipédia, le Danemark est le seul pays non asiatique vainqueur, en 2016, une exception analysée dans notre décryptage sur la domination danoise du badminton européen.
Betty Uber propose une épreuve féminine en 1950. La première Uber Cup se tient en 1956-1957 à Lytham St Annes : les États-Unis battent le Danemark 6-1, puis gagnent en 1960 et 1963. Le Japon devient en 1966 le premier vainqueur asiatique, la Chine gagne pour la première fois en 1984.
Les premiers championnats du monde ont lieu du 3 au 8 mai 1977 au Malmö Isstadion, en Suède ; le Danemark y gagne trois des cinq titres. Le 24 février 1978 naît une fédération dissidente, la World Badminton Federation (WBF), réunifiée avec l'IBF par un « Deed of Unification » signé à Tokyo le 26 mai 1981.
| Tableau | Vainqueur(s) | Pays |
|---|---|---|
| Simple messieurs | Flemming Delfs | Danemark |
| Simple dames | Lene Køppen | Danemark |
| Double messieurs | Tjun Tjun et Johan Wahjudi | Indonésie |
| Double dames | Etsuko Toganoo et Emiko Ueno | Japon |
| Double mixte | Steen Skovgaard et Lene Køppen | Danemark |
Le siège de la fédération quitte Cheltenham pour Kuala Lumpur en 2005, selon Wikipédia (en juin 2005 d'après l'historique de la BWF). Le 24 septembre 2006, une assemblée générale extraordinaire réunie à Madrid rebaptise l'IBF Badminton World Federation (BWF), d'après Olympedia.
Le 3 mai 2026, au Forum Horsens (Danemark), la France perd 3-1 contre la Chine sa première finale de Thomas Cup. Alex Lanier bat Li Shi Feng 21-13, 21-10 ; Christo Popov cède face à Shi Yu Qi 21-16, 16-21, 21-17, Toma Junior Popov face à Weng Hong Yang 22-20, 20-22, 21-19, Eloi Adam et Leo Rossi face à He Ji Ting et Ren Xiang Yu 21-13, 21-16 (voir le calendrier badminton 2026).
Le badminton aux Jeux olympiques, de Munich 1972 à Paris 2024
Le badminton distribue des médailles olympiques depuis Barcelone 1992, après une démonstration à Munich en 1972 et une exhibition à Séoul en 1988. Le Comité international olympique l'avait accepté comme sport olympique le 5 juin 1985, lors de sa session de Berlin-Est, selon le National Badminton Museum.
À Munich, le 4 septembre 1972, 25 joueurs de 11 nations jouent devant plus de 3 000 spectateurs. À Séoul, une trentaine de joueurs participent et le Chinois Yang Yang gagne le simple messieurs. Barcelone réunit 178 joueurs de 37 pays sur quatre épreuves, avec deux médailles de bronze chacune.
À Barcelone, l'Indonésienne Susi Susanti remporte le premier titre olympique de l'histoire du badminton le 4 août 1992, en battant la Sud-Coréenne Bang Soo-hyun en trois sets après avoir perdu le premier 5-11. Deux heures plus tard selon le musée, Alan Budikusuma bat son compatriote Ardy Wiranata 2-0 en finale du simple messieurs.
Le double mixte entre au programme à Atlanta en 1996. D'après le musée, l'Asie gagne 15 des 16 médailles en 1992 et toutes en 2008. À Paris 2024, du 27 juillet au 5 août à la Porte de La Chapelle Arena, un seul titre lui échappe.
- Simple messieurs : Viktor Axelsen (Danemark)
- Simple dames : An Se-young (Corée du Sud)
- Double messieurs : Lee Yang et Wang Chi-lin (Taipei chinois)
- Double dames : Chen Qingchen et Jia Yifan (Chine)
- Double mixte : Zheng Siwei et Huang Yaqiong (Chine)
| Pays | Or | Argent | Bronze |
|---|---|---|---|
| Chine | 22 | 15 | 15 |
| Indonésie | 8 | 6 | 8 |
| Corée du Sud | 7 | 8 | 7 |
| Danemark | 3 | 3 | 4 |
| Taipei chinois | 2 | 1 | 0 |
| Japon | 1 | 1 | 4 |
| Espagne | 1 | 0 | 0 |
| Malaisie | 0 | 6 | 5 |
Histoire du badminton en France, du coquantin à la FFBaD
L'histoire du badminton en France passe par le jeu de volant de l'Ancien Régime, les premiers clubs de Dieppe, une fédération fondée le 18 janvier 1934 puis dissoute par Vichy en 1941, et la Fédération française de badminton (FFBaD), créée le 28 février 1979. Selon la FFBaD, elle comptait 242 000 licenciés le 28 août 2025.
Le jeu de volant, de François Ier à la Régence
Dans son Art du paumier-raquetier et de la paume (1767), Garsault décrit des parties jouées dans un jeu de paume, à quatre à huit joueurs séparés par deux filets écartés d'environ 90 cm. Sous François Ier, le jeu s'appelait « coquantin », d'après Julie Grall dans EPS et Société ; Chardin peint La Fillette au volant en 1741.
De Dinard à Dieppe : les premiers clubs (1875-1913)
Le 5 mars 1875, La Petite Presse annonce un « Nouveau jeu de raquettes » qui renaît en Angleterre sous le nom de badminton ; le 26 août, La Vie Parisienne le signale à Dinard. En 1898, J.E. Jones fait construire quatre courts couverts à Saint-Servan.
À Dieppe, le « Covered Lawn-tennis and Badminton Club » est inauguré le 31 octobre 1907 (La Vigie, 1er novembre 1907), et L'Impartial du 30 septembre 1908 présente le Badminton Club de Dieppe comme le premier club français affilié. Le 27 novembre 1908 s'y tient le « premier tournoi international de Badminton joué sur le continent », selon J. Yeo-Thomas dans Badminton de S. M. Massey (1911). D'après la page de la FFBaD sur la culture du badminton en France, le club, créé en 1907, organise les « Internationaux de France » de 1908 à 1913.
Wikipédia voit dans le tournoi de 1908 les premiers championnats de France et la Ville de Paris y situe la première compétition, tandis que Larousse date les championnats de France de 1909. Le 5 février 1909, des joueurs de Dieppe donnent une exhibition à Paris, selon Le Journal.
1932-1941 : la première fédération française
Julie Grall nomme la période 1931-1939 le « Retour du badminton en France », soutenu notamment par la société Babolat-Maillot-Witt. Selon la FFBaD, l'équipe anglo-irlandaise « The Strollers » donne en 1932 deux démonstrations, à Paris et à Lyon, à l'invitation des instances françaises. L'Intransigeant relate une autre démonstration au Sporting Club de Paris en février 1933, rapporte Frédéric Baillette.
La première Fédération française de badminton est créée le 18 janvier 1934, selon la FFBaD et le Musée national du sport. D'après Frédéric Baillette, qui s'appuie sur la thèse de Julie Grall, la réunion fondatrice se tient au Racing Club de France sous la présidence de Pierre Gillou ; neuf clubs s'affilient et Ernest Féret devient le premier président. Le 25 janvier, L'Écho de Paris annonce cette création, l'implantation de clubs dans la région bordelaise et les liens du bureau avec le tennis. L'Excelsior du 7 avril 1935 la mentionne encore sous la présidence d'Ernest Féret.
1941-1979 : sous la tutelle du tennis, puis l'autonomie
En 1941, le régime de Vichy dissout la fédération et place le badminton sous la tutelle de la fédération de tennis (FFLT), selon le Musée national du sport. D'après la FFBaD, une nouvelle fédération est déclarée en préfecture le 8 décembre 1978, puis créée le 28 février 1979 sous le nom de Fédération française de badminton, après le dépôt de ses statuts au Journal officiel. Le musée y voit l'entrée du badminton français dans « l'ère moderne », après 38 ans de tutelle. Selon Julie Grall, l'activité ne compte alors que 2 576 licenciés.
La FFBaD aujourd'hui : sigle, marque et licenciés
La nouvelle identité visuelle de la FFBaD, conçue par l'agence Graphèmes et présentée par e-marketing.fr le 8 juillet 2011, met en avant les lettres « BaD », avec l'objectif d'en faire une marque. Le 28 août 2025, pendant les Mondiaux de Paris, la fédération lance la marque commerciale « France Badminton », tout en conservant sa marque institutionnelle. Paris avait déjà accueilli les championnats du monde en 2010.
La FFBaD annonçait le 18 juin 2024 un record de plus de 210 000 licenciés, puis 242 000 le 28 août 2025, une hausse de 14 % qu'elle attribue en partie aux Jeux de Paris 2024. Écofoot (20 août 2026) précise que la saison 2024-2025 s'est achevée avec 241 955 licenciés et que le cap des 2 000 clubs a été franchi.
Volant, raquette et points : l'histoire du badminton dans ses règles
L'histoire du badminton se lit aussi dans son matériel et ses règles. Le volant passe des plumes de poulet aux plumes d'oie puis au synthétique, la raquette du bois à l'acier en 1966 puis aux composites, et le comptage de 15 à 21 points en 2006, avant un retour aux sets de 15 points le 4 janvier 2027.
Du volant en plumes d'oie au volant synthétique
Selon le National Badminton Museum, les plumes de poulet, peu solides, ont cédé la place aux plumes d'aile d'oie, bien plus résistantes. De 1899 à 1909, l'All England joue avec le volant Jaques « Association First Choice », fabriqué en France à une époque où aucune spécification n'était fixée. Carlton fabrique des volants en nylon depuis les années 1950.
Le 20 janvier 2020, selon Reuters, la BWF approuve pour ses tournois internationaux, à partir de 2021, un volant à plumes synthétiques mis au point avec Yonex et testé sur trois tournois en 2019. Le 8 avril 2026, d'après Reuters et la BBC, elle annonce un essai de volants synthétiques dans des tournois de grade 3 et juniors. Les Lois adoptées le 25 avril 2026, applicables au 4 janvier 2027, prévoient un volant en matières naturelles et/ou synthétiques, à 16 plumes, de 4,74 à 5,50 g.
De la raquette en bois aux composites carbone
En 1966, Carlton lance à Saffron Walden (Essex) la 3.9, que la page du National Badminton Museum sur la raquette qui a changé le badminton présente comme la première raquette légère en acier produite en série : plus tendue que le bois, elle se passe de presse. L'Anglais Roger Mills gagne avec elle l'or et le bronze aux Jeux du Commonwealth de Kingston en 1966, mais beaucoup de concurrents fabriquent encore du bois dix ans plus tard. En 1968, Minoru Yoneyama lance la Yoneyama 7000, première raquette à tête en aluminium selon le musée.
D'après l'historique de Yonex, les premières raquettes de badminton de moins de 100 g, la B-8500 et la CARBONEX 8, sont mises en vente en 1978. Les composites en fibre de carbone ont depuis remplacé les métaux légers, et les raquettes haut de gamme pèsent de 70 à 95 g selon Wikipédia. Voir notre guide pour choisir sa raquette de badminton.
Du point au service aux sets de 15 points
Le système de points historique reposait sur trois sets de 15 points (11 en simple dames), et seul le serveur marquait. Après un essai en décembre 2005, les points directs à 21 sont adoptés en 2006, avec un plafond à 30. Les Lois du badminton dans leur version 2025, applicables jusqu'au 4 janvier 2027, fixent le gain d'un set à 21 points.
Le 25 avril 2026 à Horsens, la 87e assemblée générale de la BWF adopte le 3 × 15 par 198 voix contre 43, à la majorité des deux tiers, d'après la dépêche Xinhua sur l'adoption du 3 × 15 et le New Straits Times. Au 4 janvier 2027 : sets de 15 points, deux points d'écart, 21e point décisif à 20-20, changement de côté à 8 points dans le set décisif.
We are building a sport that speaks to the next generation
Khunying Patama Leeswadtrakul, Présidente de la BWF, citée par Xinhua le 26 avril 2026
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